Analyse Technique

  « L'analyse technique est l'étude de l'évolution des marchés, principalement par l'usage de graphiques dans le but d'anticiper les tendances futures sur les prix. » John Murphy

Sommaire :

 L'analyse technique consiste en l’étude des graphiques de cours de la bourse et de différents indicateurs déduits des cours (sous-jacent) dans le but d'anticiper l'évolution des marchés.


Cette extrapolation graphique s'applique à tout type de marchés : indices, actions, taux, matières premières … et n’est donc pas limitée aux marchés d’actions ; les mêmes outils et méthodes pouvant être appliqués à tout type d'actif sous-jacent dès lors que son prix est déterminé par la rencontre d’une offre et d’une demande.

L’outil principal de l’analyste technique est le graphique qui permet la visualisation et l'analyse d’un actif sous-jacent. Le but avéré et raison d’être de l’analyse technique est la prévision des tendances et des signes de retournements de tendance.

Il s’agit d’identifier des conditions de marchés (figures remarquables et/ou signaux donnés par des outils mathématiques) qui donnent statistiquement un résultat identique.

L’analyse technique ne prétend pas être une science exacte. Elle se rapproche plus d'une science humaine puisque son objet d'étude est directement centré sur la compréhension de la psychologie du marché.

Au Japon:
Les Japonais ont été les premiers à utiliser l'analyse technique pour faire du commerce financier sur l'un des plus anciens marchés à terme de la planète, à savoir celui du riz. C'est l'origine du marché à terme qui engendra une forte spéculation qui engendra elle-même l'analyse technique japonaise. Munehisa Homma (1724-1803) découvrit que les marchés étaient influencés par la psychologie et les émotions des intervenants, il se rendit compte que le prix et la valeur d'un bien étaient deux notions distinctes, il pourrait être à l'origine de la représentation en chandeliers japonais qui semble apparue à la fin du XIXe siècle au Japon sous l'ère Meiji. Cette technique est restée méconnue aux yeux de l'Occident jusqu'en 1990 lorsque Steve Nison la dévoile à la suite d'un voyage professionnel au Japon.

En Europe:
Certaines caricatures du XIXe siècle montraient des spéculateurs en train d’étudier des graphiques historiques et ce bien avant une quelconque théorisation de ce genre d’étude. Jesse Livermore, dont l’aventure boursière est racontée dans les Mémoires d’un spéculateur, prend ses décisions sur de simples considérations de marchés et non sur des données fondamentales. En étudiant la psychologie du marché sur la base de son expérience personnelle, il découvre des similitudes dans certaines situations qui lui permettent de prévoir des retournements de tendances. En cela, on peut le voir comme un précurseur de l’analyse technique. Mais ce fut à la fin du XIXe siècle qu'apparurent les premières grandes théories : la théorie de Dow par Charles Dow, la théorie des vagues d’Elliott de Ralph N. Elliott et la théorie des angles de Gann par William D. Gann. Chacune de ces théories pose les hypothèses « philosophiques », voire ésotériques, à partir desquelles diverses écoles d’analyse technique se sont construites. C’est au début des années 1990 que les analystes techniques recommencent à publier des livres et articles et popularisent leurs méthodes de gestion. Certaines de ces publications descendent directement des travaux des pères fondateurs, d’autres apportent leurs propres contributions à la théorie en créant de nouveaux outils comme les oscillateurs. Les plus célèbres théoriciens modernes sont Prechter qui a complété et expliqué la théorie des vagues d’Elliott, S. Nison qui préconise l’utilisation des chandeliers japonais et Wilder qui a développé le RSI (Relative Strenght Index), oscillateur borné qui ouvrira la voie à une analyse technique plus quantitative permettant d’avoir des indications sur l’ampleur et la force d’un mouvement. « Le chasseur de tendances boursières », Charles K. Langford, Quebecor, 2006 Stan Weinstein a également beaucoup influencé les techniques de trading utilisées par les analystes techniques, en dévoilant une technique basée sur quatre phases qui lui ont permis de passer au travers des grands krach boursiers. Il est à l'origine du fameux slogan the tape tells all qui signifie « le cours dit tout ». Autrement dit, toutes les informations importantes sont inscrites dans les cours de bourse.

Le marché prend tout en compte:
Ce point est certainement le plus important de tous puisqu’il justifie le fait que l’analyse technique ne s’intéresse qu’aux seules données de marché et non pas aux données fondamentales comme les statistiques économiques ou les résultats des entreprises. En effet si, à chaque instant, le cours d’un actif sous-jacent intègre immédiatement toute l’information disponible sur les marchés, alors il n’est plus besoin de s’intéresser aux données fondamentales puisqu’il est quasiment impossible de profiter d’un effet d’annonce.

Les cours suivent des tendances:
C’est l’observation des graphiques historiques de cours qui fait dire à l’analyste technique que le marché suit des tendances. L’étude d’un graphique boursier permet d’identifier des phases de hausses et des phases de baisses sur des périodes allant de quelques minutes à plusieurs années. Pour expliquer que ce phénomène n’est pas uniquement dû au hasard, l’analyse technique s’appuie sur l’analyse psychologique des foules dont elle prétend être une application sur les marchés. Un marché, comme une foule, peut donc être pris soit dans une dynamique d’optimisme (voire d'euphorie) soit dans une dynamique de pessimisme (voire de désespoir) soit en phase d’hésitation. Ceci se reflète sur un graphique par des périodes de hausse, de baisse ou de stagnation des cours, périodes qu’on nommera respectivement trend haussier, trend baissier et range. On signalera que l’existence d’un « bruit » dans l’évolution des cours est admise par les analystes techniques cependant ils récusent le fait que les cours de bourse soient eux-mêmes complètement un bruit comme le considèrent les tenants des théories de la marche au hasard.

L’histoire se répète:
L’avenir est déterminé par le passé sur les marchés et les mêmes « erreurs » se répètent toujours (formation de bulles spéculatives et krachs). Là encore, cette idée découle de l’analyse psychologique d’une foule. Les sociologues qui se sont intéressés aux foules ont affirmé que celles-ci avaient des comportements propres n’ayant pas de lien avec une simple somme de comportements individuels. Une foule est mue par certains principes qui parviennent à transcender la psychologie de chaque individu la composant. Le tout aura plus d’influence sur la partie que chaque partie n’en aura sur le tout du fait du phénomène d’imitation existant au sein de tout groupe. La décision d’un individu au sein d’une foule est fondée sur l’idée qu’il se fait de la décision que vont prendre les autres individus composant cette foule et non sur sa perception normale de la réalité. Si l’individu peut apprendre du passé, la foule, elle, n’en apprend rien et évoluera souvent de la même façon dans des situations identiques. Ceci s'applique aux marchés : le fait que krachs et bulles spéculatives soient récurrents sont les exemples les plus probants de l’existence de ce principe d’imitation qui interdit toute leçon du passé à la foule. Les lois ou phénomènes remarqués par les analystes techniques et dont ils essaient de tirer profit ne sont pas pour eux des absolus puisqu’ils imaginent en général plusieurs scénarios avant une décision. Considérer l’analyse technique comme une approche pratique du trading plus que comme une science n’est donc pas une erreur, les tenants de cette discipline en ayant eux-mêmes souvent cette vision. Toutefois ce qui fait la force de l’analyse technique et qui peut amener à la considérer comme une science (sociale et non dure) est qu’elle est produite et utilisée par des opérateurs qui ont une vue quotidienne et pragmatique des marchés.

« Tête et épaules » classique:
cette figure indique un mouvement général haussier débouchant bien souvent sur une mouvement baissier (rupture de la ligne de cou).
tete cou epaule

« Tête et épaules » inversé :
cette figure indique un mouvement général baissier débouchant bien souvent sur une mouvement haussier (rupture de la ligne de cou).

Losange (ou diamants): forme particulière de Tête et épaules.

Soucoupe « Rounding top »: renversement progressif à la baisse de la tendance.

Soucoupe « Rounding bottom » :renversement progressif à la hausse de la tendance.


Triangle ascendant:
cette figure indique une confirmation de tendance à la hausse. La sortie se fait avec le franchissement de la résistance (horizontale).

 

Triangle descendant:
cette figure indique une confirmation de tendance à la baisse. La sortie se fait avec le franchissement du support (horizontal).

 

Biseau ascendant:
cette figure indique un affaiblissement de la tendance à la hausse. La sortie se fait avec le franchissement du support.

 

Biseau descendant:
cette figure indique un affaiblissement de la tendance à la baisse. La sortie se fait avec le franchissement de la résistance.


Rectangle:
mouvement de cours évoluant entre 2 lignes horizontales. La nouvelle tendance ne peut être déterminée qu'après franchissement du support ou de la résistance.

Fanion (ou drapeau) :
correction de tendance avant poursuite du mouvement.

 

 

 

Les vagues d'Elliot:

Cette théorie a été élaborée par Ralph Nelson Elliot dans les années 1930. Celui-ci avait constaté que les cours suivaient des mouvements successifs de hausse et de baisse pouvant être comparés à des vagues. Il en déduisit que l'on pouvait prédire les mouvements des marchés en identifiant des séries répétées de vagues. Mathématiquement parlant, la théorie des vagues repose sur la suite de Fibonacci pour identifier le nombre des différentes vagues. Cette suite est construite de la façon suivante : chaque nombre obtenu est additionné à son prédécesseur pour donner le suivant. En partant de 1, on obtient : 1 + 0 = 1; 1 + 1 = 2; 2 + 1 = 3; 3 + 2 = 5; 5 + 3 = 8; 8 + 5 = 13; etc. Chaque cycle comprend donc un nombre de vagues faisant partie de la suite de Fibonacci.

Prenons un exemple :

Dans ce schéma souvent présenté en exemple, on distingue 5 vagues (de 1 à 5) qui forment la vague d'impulsion (la tendance, ici à la hausse) suivie de 3 vagues de correction (de a à c) qui inversent la tendance. Bien entendu, la vague d'impulsion peut aussi bien être à la hausse qu'à la baisse. Chaque vague peut être décomposée en sous-vague autant que faire se peut. De même, on peut regrouper une série de vagues en une seule et ainsi de suite jusqu'à former des cycles s'étalant sur plusieurs décennies. On distingue ensuite différentes figures selon l'amplitude et la durée d'une vague, la fréquence d'apparition d'un cycle, etc.

 

Les bandes de Bollinger:

 La théorie élaborée par John Bollinger consiste à construire des canaux d'évolution pour anticiper les mouvements de cours à venir. On commence par calculer la moyenne mobile des cours (généralement sur 20 jours). Ensuite, on calcule les écarts type par rapport à cette moyenne. On détermine alors une bande haute en ajoutant l'écart type à la moyenne mobile puis une bande basse en soustrayant l'écart type de la moyenne mobile. Dans un marché sans tendance ou stable, les bandes sont « serrées » et jouent le rôle de support (bande inférieure) et de résistance (bande supérieure). Dans un marché orienté ou volatil, l'écart entre les 2 bandes est « gonflé ». Ainsi, sans donner vraiment de signal d'achat ou de vente, les bandes de Bollinger constituent un complément intéressant aux autres indicateurs.

Exemple:

 

Relative Strenght Index (RSI):

Proposé par J. Welles Wilder1 en 1978, le RSI (Relative Strength Index) est un indicateur avancé d'analyse technique. Utilisé conjointement à l'analyse de la tendance, il a vocation à : repérer la puissance d'un mouvement (indiquer si le mouvement s'essouffle); indiquer si l'on est en situation de sur-achat ou de sur-vente.

Formule de calcul du RSI RSI = 100 - [100 / (1 + H / B)], ou autrement écrit: RSI = [H / (H + B)] * 100 avec : H: moyenne des hausses (variations de cours positives) au cours des n derniers jours. B: moyenne des baisses (variations de cours négatives) au cours des n derniers jours.

 Les spécialistes utilisent le plus souvent les RSI sur 9 ou 14 jours.

Lorsque le marché est très régulièrement en hausse ou en forte hausse, le RSI tend vers 100.

Lorsque le marché est très régulièrement en baisse ou en forte baisse, le RSI tend vers 0.

 Règle de décision:

 Lorsque le RSI est supérieur à 70 ou 80, le marché est dit suracheté et il est candidat à une correction baissière.

Lorsque le RSI est inférieur à 30 ou 20, le marché est dit survendu et il est candidat à une correction à la hausse.

Exemple:

 

MACD:

La MACD (sigle anglais signifiant Moving Average Convergence Divergence, ou convergence et divergence des moyennes mobiles) est un indicateur boursier qui participe de l'analyse technique en ce sens qu'il consiste en l’étude des graphiques de cours dans le but d'identifier les tendances et d'anticiper l'évolution des marchés.

La MACD représente l'écart des moyennes mobiles aux cours, et sa courbe se trace sur le graphique de l'évolution du cours - en se fixant une ligne zéro de la MACD. Elle se calcule instantanément par la différence entre une moyenne mobile exponentielle de long terme et une moyenne mobile exponentielle de court terme (communément 26 et 12 périodes).

Cette première courbe est donc un simple oscillateur de moyennes mobiles exponentielles est appelée ligne de MACD rapide, puis on ajoute sur le même graphique, une seconde courbe appelée ligne de signal représentant une moyenne mobile exponentielle de période 9 de la première courbe. La succession de croisements et donc de convergences-divergences des moyennes mobiles entre elles a donné le nom de cet oscillateur : Moving Average Convergence Divergence.

Ainsi, il est préconisé d'acheter lorsque la courbe de MACD rapide coupe à la hausse la ligne de signal lente, en effet, les croisements identifient les changements dans l'équilibre des pouvoirs entre haussiers et baissiers.

À l'inverse, le franchissement à la baisse de la courbe de signal lente par celle de la MACD rapide est un signal de vente. Cet indicateur boursier est fréquemment utilisé par les analystes car il donne de manière dynamique des signaux de tendance des cours, et ce de manière plus réactive que d'autres méthodes utilisant par exemple le croisement de deux moyennes mobiles (typiquement à 20 et 50 jours).

Exemple: